La parentalité | Regards sur soi-même

Je refuse d’être un exemple pour mes enfants.

5 janvier 2021

Vous êtes parents ?
Félicitations ! Vous avez à présent la responsabilité d’élever un enfant, de le faire accéder au Saint Graal de la perfection : l’âge adulte. Non pas à sa façon mais à la vôtre, bien entendu.
Mais il va vous falloir prévoir quelques petits aménagements, bien sûr, autour de votre sommeil, de vos possibilités de sorties, mais surtout, de l’image que vous renvoyez.

Vous aimiez la malbouffe ? Mangez sain à présent, votre enfant vous observe, attendez qu’il soit à l’école pour vous enfiler votre barre chocolatée croustillante.
Vous aimiez passer du temps à parcourir le compte Instagram de votre blogueuse mode préférée ? Attendez qu’il soit couché pour le faire, il ne faudrait pas lui donner le mauvais exemple en étant trop sur « les écrans ».
Vous aimiez réciter l’alphabet en rotant ? Mais enfin, tout cela ne se fait pas quand on est parent ! Il vous faut mûrir !

Bref, depuis que vous avez été intronisés dans la caste des gens responsables, vous avez peut-être cessé d’être vous-mêmes. Tout simplement. Du moins devant vos enfants.

Mais il paraît que c’est normal, car nous sommes sommés d’entrer dans la caractéristique numéro un du bon parent : être un modèle pour son enfant.

Les neurones miroirs, la bonne éducation, l’image de l’adulte accompli, tout ça tout ça. Parce qu’on serait épiés par de petits Scruteurs-de-parents qui vont gober et aspirer le moindre de nos gestes malheureux pour se l’approprier définitivement, à vie… En gros on va « gâcher » nos enfants par la moindre de nos actions naturelles qui ne nous posaient pas de soucis avant d’être parents.

Bien sûr, tout ce qui précède est à lire sur le ton de l’ironie.

Bref, quand on nous rappelle que nous sommes des modèles, c’est souvent pour nous dire de faire attention à nos paroles et notre comportement afin de n’en montrer qu’une partie, celle qui sera politiquement correcte.

Cela implique, en toute logique, de se surveiller plutôt que d’être vrai, pour donner le change, afin d’agir comme la personne idéale qu’on aimerait/devrait être, tout cela dans l’espoir que notre enfant devienne aussi bien que nous, enfin, aussi bien que ce qu’on montre de nous. Il nous est, en fin de compte, demandé de jouer un rôle. Notre « rôle de parent ».

Nous corrigeons donc gestes, jurons, en passant par nos activités favorites, les lieux que nous fréquentons, jusqu’au style de musique que nous écoutons.
Mais surtout, nous devons en premier montrer à nos enfants que nous sommes maîtres de nous-mêmes, que nous « gérons bien nos émotions », même si nous en sommes incapables. Sinon, comment apprendraient-ils ce qui est bien ou mal, ce qu’il faut faire ou ne pas faire, à se maîtriser, et à devenir des gens biens ? Nous devrions donc « montrer l’exemple », afin que les enfants fassent ce qu’on fait, en plus de faire ce qu’on dit.

Mais comment se sentir bien dans sa vie quand on s’observe, se bride et se modifie sans cesse pour vérifier qu’on est une bonne personne ?

Je refuse d’être un exemple pour mes enfants. Non, je ne suis pas un exemple pour eux, et ce n’est pas parce que je serais peu fréquentable, mais seulement parce que je n’ai aucune attente que mes enfants deviennent « aussi bien que moi ». Car je ne suis pas plus à glorifier que toute autre personne de leur entourage, ni plus à bannir. J’existe, tout simplement, telle que je suis, je travaille sur les zones qui ne me plaisent pas, pour m’améliorer, mais je refuse de le faire avec l’objectif d’être un exemple.

Ce que j’accepte, pourtant, c’est d’être inspirante pour eux, comme pour toute autre personne qui le choisirait.

Par ce terme, j’accueille le fait que mes valeurs, mes pensées, mes actions, puissent faire écho en mon enfant, non pas dans le but de l’éduquer et le rendre bon, mais simplement parce qu’il aimerait ce qu’il perçoit, parce ce qu’il aurait déjà en lui cette part qu’il voit en moi et qu’elle le soutiendrait pour aller là où il aurait envie d’aller. Ce qui le nourrit peut émaner de moi, d’un héros de dessin animé, de sa maîtresse d’école, d’un vieux voisin, ou de son animal de compagnie… Je ne souhaite pas être plus un exemple que tout autre être qui gravite autour de lui. Je suis. Je vis. Et je souhaite que mon enfant s’inspire de ce qui lui parle, même si ce n’est pas moi.

Oh oui je vous entends avec Tantine Berthe(*), me dire que dans ce cas, allons-y gaiement, laissons donc notre enfant prendre pour exemple le gamin le plus violent de la classe, le poivrot du village, le dealer du parc municipal…
Ah comme on aimerait protéger nos enfants des influences que nous jugeons néfastes pour eux !

Je pense pour ma part qu’il n’est pas possible d’imposer à nos enfants quels exemples ils vont suivre. A moins de les enfermer définitivement avec nous et qu’ils ne voient personne d’autre, plus jamais.

Bien sûr si vous leur inculquez que vous êtes la référence absolue à suivre, que vous êtes la personne la plus parfaite de la Terre parce que vous êtes le parent, il est possible qu’ils le croient. Et qu’au bout de quelques années, le mythe commence à s’effondrer doucement, que votre masque se fissure à votre insu, et que la relation s’en ressente, par un sentiment de trahison, de déception, engendrant de la colère peut-être, du rejet, des actions violentes, ou la fameuse crise d’adolescence, entre autres… Parfois-même certains enfants sentant la supercherie par intuition, peuvent mettre en place inconsciemment des stratégies comportementales pour que le vernis craque : « c’est fou comme il me cherche, ce gamin, on croirait qu’il le fait exprès pour m’énerver ! Il me regarde et me provoque sans cesse ». Parce que parfois la tension entre le masque et la personne se cachant derrière pèse sur tout l’environnement. Et que parfois il devient vital pour le système familial que tout vole en éclat.

Ce que je vous propose n’est pas de vous montrer dorénavant tel que vous pourriez être si vous vous laissiez aller à vos pulsions : genre une grosse brutasse de parent qui colle des roustes dès que la colère se fait sentir. Non, je vous propose de vous occuper plutôt de votre colère, pour ne pas faire de mal ni à votre enfant ni à vous-mêmes.

Je vous propose de prendre soin de vous, de vous sentir le mieux possible dans votre vie, dans votre quotidien, sans faire semblant. Non pas parce que vos enfants vous voient, mais pour être heureux, tout simplement.

Et lorsqu’on est heureux, on se révèle sous ses aspects les plus vrais, les plus enthousiastes, les plus joyeux, et finalement les plus beaux. Et peut-être que vous pourrez ressentir à quel point les relations sont fortes lorsqu’on est authentiques, même en étant imparfaits.

(*) Tantine Berthe est un personnage de mon livre qui aime challenger la vision que j’ai de la relation aux enfants.

Evelyne Mester.

A lire aussi : « Le risque d’être heureux » ainsi que « Le dernier biscuit de la boîte. Qui veut être heureux ? »

 

Répondre à Mon enfant mon égal Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Ouahhh super article, ça me parle beaucoup merci beaucoup. Ça touche pile où il faut chez moi 😜.
    C’est exactement comme ça que j’ai commencé ma parentalité. En faisant semblant d’être parfaite ( selon moi) devant mes enfants. Heureusement ils n’ont pas été dupes longtemps et m’ont aidé à me montrer beaucoup plus sincère !! Leur aide était un peu brutale ( appuyer la où ça fait mal, ils sont aussi hyper efficace pour trouver trace de mes forfaits genre papier de bonbons ou biscuits 🤣) mais efficace. J’apprends encore et toujours aujourd’hui à me montrer comme je suis, je suis sur le chemin.
    Merci à mes enfants pour cela
    Et à toi aussi pour mettre régulièrement des mots sur ce que je vis / penses

    1. Pense à acheter des bonbons en vrac, comme ça pas d’indices question papier d’emballage. Huhuhu je blague ! Merci Hélène pour ton témoignage, heureuse de pouvoir t’être utile et bravo pour ton cheminement vers l’intégrité.

  2. Ah ah ! C’est rigolo parce que moi, à la fois je te rejoins et à la fois non.

    La parentalité m’a vraiment changé et m’a vraiment fait changer de point de vue. Aussi, si je change, je dirais que c’est grâce à mon enfant. Mais je refuse de mentir (et donc de me cacher) ou de me sacrifier (j’arrête de manger du chocolat pour qu’elle n’en mange pas).

    Par contre, quand je modifie ma posture, quand je cherche à m’améliorer niveau relations humaines (relations égalitaires, etc.), c’est grâce à elle. C’est quelque chose que je n’ai pas fait avant et qui ne me serait peut-être même pas venu à l’idée si je n’avais pas été maman (mes pauvres beau-fils… à l’époque, j’étais une sacrée tantine Berthe ^^ un peu cool quand même surtout qu’on ne les avait que pour les vacances mais quand même, j’avais les idées plutôt arrêtées sur l’éducation ! ).

    Du coup, je considère que je dois montrer l’exemple, si. Mais plutôt sur les valeurs qui m’animent… (c’est à dire pas sur les gros mots, la malbouffe ou autre mais plutôt sur le fait d’être à l’écoute des autres : en gros, les gros mots, c’est ok d’en dire à la maison et c’est sympa de faire attention à ce qu’on dit suivant avec qui on est à l’extérieur. Idem, on va éviter de manger des sucreries devant quelqu’un qui n’en a pas le droit, etc.). J’ai un peu du mal à formuler ma pensée mais vraiment, c’est la maternité qui a fait me remettre en question, mieux me respecter, etc. Et c’est cet exemple que je veux lui montrer (se respecter et respecter les autres) parce que j’ai pu remarquer (pour moi, des amies, les enfants de mon conjoint, etc.) que s’il y a un moment où on a tendance à rejeter l’éducation (au sens de valeurs), on y revient une fois adulte (à celles qui font sens pour soi, j’entends).

    C’est grâce à elle (et à vous, soyons honnêtes ^^) que je nous pense capable de changer de pays, culture, etc. même à notre âge. Je veux lui montrer que c’est possible de ne pas rester dans une situation qui ne nous convient pas. Bref, si, quand même… je suis et veux être un exemple qu’elle peut suivre.

    1. Coucou Floriane, oui je te rejoins sur le fait que d’avoir des enfants fait évoluer et en effet ça peut être un bon moteur pour se prendre en main. Du coup c’est vraiment un choix, et tu es intègre dans ce choix : tu ne fais pas semblant d’être quelqu’un d’autre parce que « tu es le parent » mais tu changes car tu t’y sens appelée (que ça soit par ta fille ou tout autre déclencheur). Tu as des attentes sur le fait d’inspirer ta fille (et ça rejoint ce que je dis), c’est tout à fait légitime. On souhaite pour la plupart transmettre nos valeurs, c’est ce que j’appelle « inspirer ». Et ça lui appartient d’être inspirée ou pas par toi, quoi que tu fasses. Bises et bravo pour vos décisions pour votre vie !

      1. Oui, c’est exactement ça. Ah oui, ça lui appartient totalement d’être inspirée ou non (mais j’ai un impact quoiqu’il arrive et cet impact est quand même important qu’on le veuille ou non). Et merci encore <3 Gros bisous

        1. Je le pense aussi. L’article parle de l’intention de faire semblant pour être quelqu’un de bien parce qu’on est observé, VS choisir de vivre heureux et inspirer naturellement (ou pas :p ), j’espère que j’ai réussi à exprimer ma pensée.

          1. Oui, oui, en fait, je crois que j’ai surtout réagi sur le titre.
            Je te rejoins totalement sur le reste. Le pire étant quand il y a des punitions… du coup, je demande à Pitchoune de faire attention pour que les enfants ne soient pas punis à cause de nous (pour les gros mots par exemple…). Mais je trouve ça terrible. J’ai l’impression que ça apprend aux enfants à être faux/mentir et ça entretient cette espèce de norme.