Et le couple | Regards sur soi-même

J’avais souhaité être comme les autres.

26 novembre 2020

[Ceci est mon témoignage, et donc un article très différent dans la forme de ce que j’écris ici d’habitude. C’est un partage que j’ai hésité à intégrer à mon blog, qui a été rédigé spécialement pour ma communauté présente sur Instagram. Mais au vu des nombreux messages privés qui y ont fait suite, j’ai décidé de le publier de manière plus visible, afin qu’il fasse du bien peut-être à d’autres personnes en qui ça peut aussi faire un écho immense.]

Quand mon mari m’a offert cet objet il y a quelques jours, je lui ai demandé, très émue (et sautant partout), s’il était bien un être humain, ou bien s’il était une âme venue à ma rencontre pour me rendre heureuse. Bon les deux sont compatibles hein. Non non ma réaction n’est pas excessive. Ce soir j’ai décidé de vous révéler une partie de mon histoire, pas celle de mon futur roman en cours d’écriture (quoique), mais bien la mienne.

J’ai toujours été un peu à part, des difficultés à m’intégrer, des moqueries subies, beaucoup de maladresses sociales, une gêne terrible à me trouver en face à face dans une conversation, j’ai toujours été perdue dans les codes, pensant bien faire mais me rendant à l’évidence par la suite que ce que je faisais ou disais avait été terriblement maladroit.
Petite, j’étais si “timide” que mes parents me forçaient à aller à la boulangerie pour “apprendre”, ou à demander l’heure à un passant juste pour m’entraîner. Au jour d’aujourd’hui, je ne peux parfois pas mettre les pieds dans une boutique, ça n’a pas changé. Je ne peux pas téléphoner, et ça me met dans l’embarras tant de fois devant l’incompréhension des autres à ce sujet, et m’a fait perdre le contact avec certains amis.

Et quand je me connecte au sens profond que je cherche dans ce que je fais et transmets, je suis capable au contraire de grandes choses, grandes pour moi en tout cas.

Comme donner une conférence devant 70 personnes dont une personnalité célèbre venue m’entendre exprès, donner une interview, répondre en direct à des questions, oser écrire et être jugée, discuter avec mes lecteurs en séances de dédicaces et recevoir les compliments.

En classe les difficultés ont été grandes, je me souviens de ce zéro que j’ai pris car j’ai procrastiné pour faire un exposé en binôme. Ma camarade avait décidé sans me concerter de finalement le faire seule. Je n’ai jamais osé lui dire que j’étais pétrifiée de parler devant tout le monde et que c’était impossible pour moi. Elle ne m’a plus adressé la parole de l’année.
J’ai pleuré tant de fois debout devant l’enseignant auquel je ne savais pas donner la réponse. Non pas parce que je n’avais pas appris ma leçon, ni parce que je l’aurais oubliée, mais parce que soudain, paniquée par la pression, un immense trou noir m’avalait et je ne comprenais même plus les mots qu’on me disait.

J’avais du mal à me trouver dans les lieux bruyants, bondés, lumineux, et ado je devais m’asseoir en plein centre commercial parce que tout cela m’envahissait, de plus en plus fort, de plus en plus oppressant, tout bourdonnant, jusqu’à ce que je me sente au bord de la syncope suante et paniquée. Combien de fois suis-je partie de ce type de lieu en courant et pleurant et suppliant le ciel d’arriver à y survivre parce que je sentais que je tombais en burn out extrêmement soudain, du haut de mes 10 ans, et que j’étais terrifiée…

J’ai été traitée de “petite nature” parce que j’avais des douleurs partout depuis petite, et j’ai arrêté de me plaindre, du moins j’ai essayé.

J’ai cherché ainsi progressivement à montrer de moi ce qu’on attendait de voir de moi.

Une petite fille souriante, puis une femme souriante, et je me suis retrouvée jeune adulte étant celle qui anime les soirées en faisant la folle, celle qui est à l’aise et “se fait remarquer”, …pour mieux se cacher au fond d’elle-même. Ouf, j’étais intégrée.

Et je les ai faits ces burn out, d’avoir voulu donner donner encore donner, sans jamais prendre une seconde pour voir ce qu’il serait bon que je reçoive.

Un jour j’ai arrêté cette vie-là.
Un jour, au cours d’une séance hypnotique proposée par Stéphane mon mari et coach professionnel, j’ai compris que je voulais cesser de fuir qui je suis, de fuir ce que je percevais comme un monstre à l’intérieur de moi. Quelque chose qui était prêt à surgir à n’importe quel moment, quelque chose qui en moi hurlait tellement violemment, qui me faisait peur et dont j’avais honte.
J’avais traité déjà la plupart de mes patacaisses transgénérationnels, je savais maintenant que cela m’appartenait, à moi, rien qu’à moi.

Quelques jours plus tard, j’avais pour la première fois la puce à l’oreille sur ce que je pouvais peut-être avoir. Et un an plus tard sur ce trottoir de Paris à des kilomètres de chez moi, un papier dans les mains, je pleurais toutes les larmes de mon corps en tremblant. Il était écrit à côté de mon nom : autiste de type Asperger. Je suis autiste.

Un grand choc dont j’ai mis encore une année à me remettre : ce que je sentais en moi de mauvais, n’était autre que les manifestations d’un fonctionnement neurologique différent, présent depuis ma naissance et qui avait le droit d’exister.

C’était moi, simplement moi. Il fallait juste apprendre à le choyer comme un petit animal fragile. Et j’avais passé 44 ans à l’enfouir, le fuir, à me construire un personnage et à m’écrouler régulièrement de tant d’efforts. Maintenant, il allait falloir tout reconstruire. Tout mon moi s’était effondré en miettes en une seconde. Je ne savais plus qui j’étais.

Dans le même temps mes symptômes tout heureux d’avoir le droit de se manifester à présent, ont surgi au grand jour et j’ai été totalement envahie jour et nuit, sous le regard patient et plein d’amour de mon mari. Oui il était là, et non il ne me quitterait pas devant ma folie, il l’aimait, lui, ma folie, et il m’aimait, avec mes côtés cools et moins cools.

Sur ces braises de ma vie passée, une nouvelle vie commençait à poindre. Chaque jour je commençais à m’apaiser, sous l’attention de mon mari, qui chaque jour m’encourageait à être qui je suis, même si ce n’était pas beau à voir.

Chaque jour j’ai appris à savoir comment je me sentais, si quelque chose allait me fatiguer ou pas, où était mon curseur d’énergie, sans aucunement me juger. Apprendre pas à pas à me respecter là où je m’étais bafouée quotidiennement pour plaire aux autres, à me donner la plus grande des attentions là où j’étais autrefois inexistante. Je suis allée à ma rencontre comme on va prudemment approcher un chien battu. Je me suis apprivoisée. J’ai repris confiance, et je suis encore en chemin.

L’autre soir, découragée face à ce que je voyais comme mes incompétences professionnelles, et perdue face au manque d’envie d’aller de l’avant, mon mari m’a offert ce cadeau. C’est un hand spinner. Les enfants connaissent bien, mais aussi les autistes. Un cadeau pour donner libre cours à ces mouvements compulsifs mal vus en société mais tellement régénérants. J’en avais un en plastique bleu, que j’aimais énormément, et lors d’une rencontre avec un petit garçon exceptionnel qui était subjugué par cet objet, je le lui ai offert. Stéphane a su à quel point ça avait été difficile pour moi de m’en défaire. Un objet qui me plaît, je peux vivre sa perte comme un deuil. Et en secret il est allé chercher sur le net comment me le remplacer.
Voilà, un petit objet à 3,50 euros m’a rempli le coeur de plus d’amour que toutes les richesses de la terre. Sa signification : mon compagnon de parcours prend soin de moi, et il le fait bien.

Parce que la considération qui m’a tant manqué dans ma vie est là et bien là désormais, présente à chaque instant dans mon foyer et que j’apprends à me l’offrir à moi-même.

Je commence à délaisser volontairement l’accompagnement à la parentalité, je crois que la relève est là, et mon livre “Mon enfant mon égal” est disponible pour tous, avec tout ce que j’avais à y dire d’important. L’écriture de mon deuxième livre, un roman, lance le début de nouveaux sujets à vous transmettre, qui n’en sont finalement pas si éloignés : trouver qui on est, accepter ses parts d’ombre et ses particularités, ne pas se conformer, être son propre indice de référence pour son bonheur, trouver ce qui nous fait vibrer, s’entourer de personnes soutenantes, se respecter chaque jour, autiste ou pas autiste ! Pour pouvoir être bien avec soi, puis avec les autres.

Ça vous dit de me suivre sur ce nouveau chemin ?

EM

Et si vous n’êtes pas trop heureux en couple…

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