La parentalité | Regards sur soi-même

Maman vous demande une faveur : juste faire pipi !

21 janvier 2017

Sérieux, ça fait vingt minutes que je me tortille sur place en me retenant : Frère 1 veut d’urgence sa deuxième chaussette, Frère 2 s’énerve de ne rien comprendre à ses maths et exige ma présence immédiate sinon il ne fera pas ses devoirs et c’est tout, Frère 3 hurle parce qu’il a été traité de “nul” par son aîné et Miss Couettes pleure pour téter. La soupe de pâtes déborde et le chat se brûle en léchant le sol, renverse ses croquettes, le téléphone sonne, la voisine fait une syncope, un avion s’écrase sur la maison, une météorite explose la planète, enfin bref… Quand le but de ta vie consiste à rêver de toilettes capitonnées au bout du monde, tu te dis qu’il y a comme un petit léger souci.

En vrai j’aime beaucoup m’occuper de mes enfants, et c’est bien là le problème. En me rendant dispo pour eux par esprit de bienveillance et renoncement maternel dans la sacro-sainte pensée sacrificielle, j’ai oublié de laisser mes enfants être responsables d’eux-mêmes, et ils m’ont bien fait comprendre qu’une maman digne de ce nom se doit d’être au service de ses rejetons sous peine d’une culpabilité foudroyante ressentie dans l’instant.

Un jour j’ai entendu « toc toc » dans ma tête. Pas pour me dire que j’étais folle, mais quelque chose frappait à la porte de mon cerveau. Je vis une petite fille toute jolie et toute simple, souriante. Oh merde encore quelqu’un qui vient me demander quelque chose, je suis pas assez débordée, là ?…

« -Bonjour Madame, je suis Moi-même. Mais je suis Toi.

« -T’y t’fous d’ma goule ?

« -Ben non je suis bien Toi, tu sais, la petite fille que tu essaies de cacher sous ta grande carcasse mais qui ressort toutes les quatre secondes, héhé, tu sais celle qui hurle quand t’es épuisée, celle qui fond en sanglots le soir enfin seule, celle qui a tant envie de se sentir aimée et qui du coup donne tout aux autres en espérant l’être.

« -Ah ok.

« Ouais ben écoute, moi je suis jalouse. Nan parce que tu t’occupes de tout le monde sauf de Moi, alors que je suis Toi. Et ça c’est vraiment trop injuste (suivi de pleurs Calimero). »

C’est comme ça que j’ai commencé par le commencement : découvrir Moi-même, ma petite fille intérieure, avec ses besoins non comblés. Et je crois que de consacrer vingt ans à l’accompagnement du quotidien de quatre enfants n’est RIEN à côté d’apprendre à écouter Moi-Même. Hier elle m’a demandé une promenade au soleil. Aujourd’hui elle aurait voulu s’allonger la musique sur les oreilles à rêver aux papillons de son cœur, mais j’ai pas réussi à prioriser ses envies. Car j’ai aussi des « Petits-Morceaux » en moi. Ils se disputent souvent dans ma tête : un Petit-Morceau qui voudra que j’écrive un article, un autre qui voudra que je me repose, un qui voudra que j’aille faire des longueurs à la piscine, un autre qui voudra que je bouffe comme un goret, un qui voudra que je me couche tôt, un qui voudra que je finisse mon travail tard la nuit…

Ah zut je vous laisse, les enfants me réclament, j’accours, en râlant, mais j’accours, tout en remontant mon pantalon, je finirai ce que j’ai à faire plus tard.

La petite Moi-Même me regarde alors les bras croisés en secouant la tête :

-« -Pfff t’as rien compris. Quand est-ce que tu vas entendre qu’on met son masque à oxygène d’abord pour aller le mettre aux autres ensuite ? »

-« Nan mais t’es encore là, toi ? Toi aussi tu me réclames ? Ok je te prends dans les bras deux secondes, mais après tu me laisses tranquille hein. »

Et c’est comme ça que j’ai connu la sensation de douceur immense de complétude que l’on peut ressentir quand on prend soin de soi, même en pensée, même quelques instants. Et c’est comme ça que j’ai retrouvé des forces, et que je me suis sentie plus calme auprès de mes enfants, jour après jour : j’ai regardé avec tendresse cette maman débordée perfectionniste contrôlante qui n’était en fait qu’une petite fille ayant peur d’échouer et de ne pas être aimée, je lui ai donné de la compassion, je l’ai rassurée sur mon amour pour elle malgré ses erreurs.
Et j’ai commencé à lâcher prise… m’inventant des pauses, personnalisées, variées, colorées ou toutes simples. La petite Moi-même se plaît à présent très bien loin là-bas dans mon passé à jouer et rire, et me laisse de plus en plus tranquille.

Je vous raconterai comment un jour je suis allée lui rendre visite de mon plein gré pour lui donner ce qu’elle n’avait jamais reçu.

EM

 

 

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