Et le couple | Regards sur soi-même

Comment lire dans les pensées | La carte du monde #4

9 août 2017

[Temps de lecture : 3 mn 30 ]

Lecteur, je suis sûre que tu t’es précipité pour ouvrir cet article, pensant y trouver les clefs pour devenir artiste de foire multimilliardaire. Désolée c’était de la publicité mensongère. Mais je parierais que tu vas te reconnaître dans ce qui suit. Mais avant, tu auras peut-être envie de lire les épisodes précédents :

J’ai toujours raison | La carte du monde #1

L’autre n’est pas moi | La carte du monde #2

Ce que je ressens m’appartient | La carte du monde #3.

Avec mon entourage, je me sens parfois pleine “d’antennes de détection” : ultra-intuitive, ultra-empathique, ultra-sensible, ultra-observatrice [NDLR : et ultra-chiante]. Pour toutes ces raisons, ben je suis absolument persuadée que je SAIS quelles pensées ou intentions l’autre a dans la tête. Et puis hein, quand on vit avec quelqu’un, “on le connait, il peut pas nous la faire, à nous” ! Je fais souvent la maline en disant à mon compagnon “je sais que t’es préoccupé, je le vois à ton regard / odeur de ton souffle / frissonnement de poils de ***”. Et j’ai très souvent juste. Mais souvent aussi, je me goure royalement sur mon interprétation.

Et mine de rien, se tromper quand on est devin, ça a des conséquences graves. Par exemple, celle de faire chambre à part :

Hier soir Zosiane-Hautereinette a bossé tard sur sa broderie, assise à l’étage sur le lit de sa fillette qui a voulu s’endormir tout près d’elle. Raclure-Pidro, son mari, vaquait à ses occupations urgentes (finir un jeu sur PC) et elle se fit de ce fait la plus pertinente lecture de pensée qui soit dans ces circonstances : “L’est occupé, l’brave homme, il a po envie qu’j’sois dans ses pattes, j’l’y fiche la paix alors.”

Mais Zosiane-Hautereinette (oui faut le dire plusieurs fois pour s’y faire), était d’humeur fort coquine et espéra secrètement que son amoureux monterait tôt pour mettre la viande dans le torchon (si si, c’est une métaphore tout ce qu’il y a de plus convenable). Épuisée par sa soirée de labeur, et ne voyant point poindre de chevalier blanc à l’horizon, elle s’endormit néanmoins sur place comme une masse, lunettes sur le bout du nez, en vrac sur l’édredon les pieds dépassant du lit d’enfant et serrée comme une poule en batterie.

4h30 du mat’, mais où est donc passé Raclure-Pidro (tiens, un titre pour un futur roman policier) ?

Ben il est encore au rez-de-chaussée à trépaner ses ennemis virtuels, et ah merde il réalise soudain qu’il est un peu tard…et il découvre alors en haut sa belle princesse endormie près de son rouet. Attendri (et un peu déçu à l’idée de trouver le lit froid et de constater qu’il allait le rester), il déposa un baiser sur le front de sa marmotte, qui laissa échapper un tendre gémissement.

Zosiane-Hautereinette (ça commence à sonner tout doux à l’oreille) constatera lorsque le soleil poindra (fidèle au poste, lui) à travers les persiennes de ses cils, qu’elle aura fait chambre à part. Voici ce qu’elle se dit : “Mon Raclure s’en fout vraiment d’moé, j’ai passé la nuit ailleurs et même pas qu’il est venu voir c’qui se passait, même pas qu’il s’ra v’nu m’dire bonne nuit, le saloupiot, boudiou d’vindjiou !”

Mais Raclure (j’aime bien abréger son nom, je sais pas pourquoi), il y a quelques mois, a regardé toutes les vidéos de Marshall Rosenberg sur Youtube, et il gère super bien la fougère en communication :

-“Ohhhhhhh mon Zosi-Haut, ma Reinette, j’te sens ben un p’tit chouilla tristoune, ou p’tête ben en colère. T’as b’soin d’un gros câlin ? Viens don’, je t’y aime trop à toé !”

Et d’expliquer à sa douce comment ça c’est passé dans son cerveau depuis la veille au soir. Je vous épargne les dialogues en direct, parce que je peux pas vous mettre les sous-titres, alors je vous transmets leurs échanges sous forme de récit.

Raclure-Pidro John (c’est toujours utile d’être informé du deuxième prénom desfois qu’on confonde avec un autre gars), avait passé la nuit à exploser la tronche à une armée d’orques et c’était pas un boulot facile. Et entre deux parties, il avait fait cette lecture de pensée pertinente : dis-donc, sa belette cendrée devait être drôlement occupée pour ne pas venir lui faire un bisou dans le cou pendant la partie, sûr qu’elle devait avoir besoin d’être tranquille. Il savait qu’elle avait un ouvrage à finir urgemment pour le bébé de la cousine du frère de sa sœur. Il allait donc respecter son besoin d’être seule. Elle viendrait bien lui dire bonne nuit et il pourrait alors éteindre le PC et la suivre au lit.

Bref, ce jour-là le sixième enfant de la famille tant désiré ne fut pas conçu, alors qu’il attendait au portillon du cosmos, l’âme dans le sac à dos, prêt à foncer pour s’incarner, parce qu’il aime bien cette famille et que ça fait un moment qu’il la lorgne, même que si ça continue il va se faire passer devant. Pfff va falloir attendre le mois prochain. Tout ça parce que les humains préfèrent deviner ce que pense l’autre plutôt que de le lui demander directement et simplement. Nan mais enfin, quel gâchis…

Ouais ouais, je suis sûre que vous n’aviez jamais réalisé à quel point le destin tenait à peu de choses, quelquefois.

Vous deviendrez devin dans une autre vie, hein…

EM


 

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